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Méthodes agiles

Combattre les « ScrumButs »

Bien que le framework Scrum soit très répandu, il n’en demeure pas moins un cadre de travail difficile à mettre en pratique. Il engendre de facto de nombreuses dérives qui méritent toute notre attention.

Les entreprises tech et e-commerce sont toutes devenues friandes du cadre de travail léger Scrum. A juste titre, puisque ce framework a fait ses preuves dans les plus grandes compagnies du monde. Il est même devenu un critère et un argument de recrutement pour attirer de nouveaux talents compte tenu de sa notoriété. Malheureusement, de nombreuses dérives ont commencé à voir le jour. Cet article va nous permettre de parler de l’une d’entre elles: ScrumBut.

Qu’est-ce qu’un ScrumBut ?

Un ScrumBut est une excuse trouvée par une équipe ou une organisation pour ne pas faire un Scrum Event, utiliser un Artefact ou autre dans le but de camoufler un problème.

Par exemple, une équipe peut se dire :

  • On fait du Scrum mais on ne fait pas de Daily Scrum tous les jours parce que ça prend du temps et rien n’en ressort.
  • On utilise Scrum mais on considère qu’on n’a pas besoin de faire de Sprint Retrospective parce qu’on se répète et ça nous prend du temps.

L’expression « Scrum mais » se ressent fortement dans ce genre de discours. D’où le terme ScrumBut.

Pourquoi tombe-t-on dans ce genre de dérives ?

Le manque de formation et d’accompagnement

Comme j’ai pu le mentionner dans l’introduction de l’article, le framework Scrum est très répandu à tel point que son application s’effectue souvent au forceps. En effet, il arrive fréquemment que la transition soit improvisée parce que trop onéreuse. Les équipes sont donc livrées à elles-mêmes et n’ont d’autre choix que de faire ce qui est en leur pouvoir pour appliquer ce qui est attendu. De cette façon, on se retrouve à faire un simili Scrum en faisant des stand-up meetings de temps en temps sans vraiment savoir pourquoi et le tour est joué. Ce cas de figure peut être une des raisons pour laquelle des ScrumButs s’immiscent dans la vie des Scrum Teams.

Un environnement à la House of Cards

D’un autre côté, on peut imaginer des Scrum Teams qui pratiquent Scrum depuis un certain temps qui insèrent des ScrumButs dans leur façon de travailler malgré un accompagnement conséquent. Dans ce genre de cas de figure, on touche aux valeurs Scrum et plus précisément le Courage. C’est, selon moi, une des valeurs les plus difficiles à s’approprier parmi les 5 (Ouverture, Respect, Courage, Focus et Engagement).

On connait tous l’environnement top-down indéboulonnable qui sévit dans 99,9% des entreprises où des salariés ambitieux veulent contrôler tous les faits et gestes de leurs subalternes et font de la politique interne leur cheval de bataille pour gravir les échelons quoiqu’il en coûte. Autrement dit, on y rencontre un nombre incalculable de Super Chickens. On imagine facilement que dans ce genre de climat la pression est omniprésente. De ce fait, les membres des Scrum Teams préfèrent avoir une vision très court-terme pour délivrer des choses même si aucune valeur n’en ressort in fine.

Les outputs plutôt que les outcomes

Enfin, une autre raison qui pourrait pousser les équipes à mettre en place des ScrumButs inconsciemment serait la manière de mesurer leurs performances. Les managers ont souvent le réflexe de mesurer voire comparer les équipes au travers de leurs outputs alors qu’ils devraient se concentrer sur les outcomes de ces dernières. C’est-à-dire qu’au lieu de s’intéresser au nombre de tickets terminés ou à la vélocité de l’équipe, les effets engendrés par les évolutions apportées au produit doivent devenir le seul critère d’intérêt. Sont-ils positifs ? Est-ce que la satisfaction client/utilisateur est au rendez-vous ? Quel est le NPS ? etc.

Comment empêcher l’avènement de nouveaux ScrumButs et supprimer ceux qui existent ?

Tout d’abord, il faut revenir sur l’essence du cadre de travail. Scrum se base sur l’empirisme. L’empirisme repose sur 3 piliers fondamentaux : la Transparence, l’Inspection et l’Adaptation. Ces piliers montrent que si tout est visible et su de tous alors des décisions éclairées verront le jour plus rapidement sans avoir besoin d’attendre la réponse d’un élément extérieur (réduction de l’inertie).

De plus, les 5 valeurs Scrum justifient l’existence des 5 Scrum Events (le Sprint, le Sprint Planning, le Daily Scrum, la Sprint Review et la Sprint Retrospective). En effet, dans ces évènements, l’équipe devra mettre à profit le fait d’avoir le courage de dire les choses difficiles lors des rétrospectives par exemple. Mais aussi à l’aide de l’empirisme. Expliquer en toute transparence les actions réalisées la veille. Les inspecter pour pouvoir adapter le plan qui conduit l’équipe à se rapprocher de plus en plus du Sprint Goal tout au long du Sprint.

Conclusion

En d’autres termes, l’acquisition des piliers de l’empirisme et la bonne compréhension des cinq Scrum Values sont un pas obligatoire dans la lutte contre les ScrumButs. Et même s’ils ressurgissent un jour, l’Inspection et l’Adaptation dans un climat où le Courage et l’Engagement font partis de la culture de l’entreprise, les repérer puis les supprimer sera un jeu d’enfant.

Par Ronald Lacrosse

Scrum Master certifié PSM II, PSK, SPS, PSD, PSPO I, PAL, PAL-EBM (profil scrum.org) et aussi ancien développeur Front-end de 2010 à 2020.

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